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La rencontre entre le président Patrice Talon et la diaspora béninoise vivant en France n’a pas laissé indifférent l’ambassadeur Candide Ahouansou. Dans cette réflexion, le diplomate plaide pour le retour au bercail des Béninois de la diaspora afin d’y développer des projets et accompagner le Nouveau départ.

En rencontrant les Béninois installés en France, le Chef de l’Etat a visé essentiellement à leur exposer les grandes lignes de son Programme d’actions ainsi que les différentes mesures qu’a prises le gouvernement depuis l’avènement du Nouveau départ. L’occasion nous est ainsi offerte de mener la réflexion sur la situation de la diaspora dans l’Hexagone. Et c’est à cette fin que nous impliquons d’entrée de jeu le Conseil économique et social à la lumière d’une nouvelle prise de conscience des choses.
Une diaspora jusqu’alors réservoir de soutien
politique
Les élections, notamment la présidentielle, ont toujours donné lieu à la sollicitude des citoyens à l’étranger dans les pays de résidence où des bureaux de vote ont été installés. Le chef de l’Etat en fonction s’adjugeait alors les moyens de dépêcher des émissaires pour aller battre campagne en sa faveur près de la diaspora. Le jeu valait la chandelle si tant était que les suffrages de la diaspora étaient susceptibles de faire la différence et de changer la donne en impactant les résultats des élections. Il faut dire qu’abstraction faite de la recherche d’une clientèle électorale ponctuelle et de son soutien politique, les autorités en place de naguère, ne se préoccupaient pas outre mesure de la diaspora.
Du soutien politique à l’intérêt pour
le développement du pays
Nous situons la séance de travail du Chef de l’Etat avec la diaspora en France dans le cadre d’une mutation de l’exclusif soutien politique,vers l’intérêt pour la conduite des affaires du pays. Il s’était agi, en effet, d’exposer aux concitoyens, le programme d’actions du gouvernement puis de les informer des actions menées jusqu’alors. Mais à quel volet du programme s’étaient-ils montrés le plus réceptifs ? Il est convenant de saluer, en prélude, la bonne facture de la rencontre, la clarté et la haute qualité des exposés et, de manière discursive, l’excellent effet de communication ainsi généré ; nous ne pouvons qu’en tirer fierté de notre Ministre des Affaires Etrangères, mais aussi de notre Ambassadeur près la République Française. A tout seigneur tout honneur donc.
A cela près, nous estimons, en nous fiant à l’applaudimètre et sauf erreur d’appréciation de notre part, que l’auditoire avait montré de l’intérêt plutôt pour les différentes actions menées jusqu’alors par le gouvernement telles la répression des fraudes et les économies réalisées subséquemment, les résultats des audits notamment de la fonction publique, la gestion des bourses universitaires de même que les innovations dans le domaine foncier.
Par contre, le programme d’actions du gouvernement n’avait pas paru enthousiasmer particulièrement les concitoyens si ce n’était les informations qu’il leur avait apportées. Et comment pouvait-il en être autrement ; ils n’ont pas les ressources pour y contribuer. En fin de compte, c’est le côté informatif de la rencontre qui a prévalu et non celui de la contribution au développement. En tout état de cause, il est évident que ce n’était pas auprès de la diaspora que le Chef de l’Etat était allé chercher des appuis financiers pour la réalisation de son programme d‘action. Les couacs de la diplomatie ne lui ont pas permis de s’adresser à ceux qu’il fallait.
Le gouvernement toujours à la traine de la communication de masse
Il nous a été donné d’apprendre à la faveur de cette rencontre avec la diaspora en France que nombre d’actions salutaires ont été menées, dont mention n’avait pas été faite aux Béninois de l’intérieur, notamment pour ce qui est des fraudes et des arrestations. Pourquoi donc cela ?Chercherait-on à préserver l’honorabilité déchue des fossoyeurs ? La lutte contre la corruption ou autres malversations ne serait pas complète si l’on ne divulguait pas largement les résultats obtenus et si l’on ne dévisageait pas les délinquants.
Une certaine conception du social
Il avait été dit au cours de la conférence que le gouvernement faisait plus de social que l‘on ne pensait et que le social qu’il faisait était « structurant ». Que le gouvernement fasse ce qu’il peut dans le domaine social, nous n’en disconvenons point. Mais, dans notre entendement, le social n’est pas chose à planifier à l’instar du développement. Le social, ce n’est pas pour demain ; c’est d’abord pour maintenant tout en posant des jalons pour pérenniser le ‘’maintenant’’. Il n’est pas concevable que l’on laisse les populations dans la misère aujourd’hui sous le prétexte que l’on prend des mesures « structurantes » pour que demain d’autres ne meurent plus de la même misère. Les deux stratégies devraient être concomitantes et aller de pair pour répondre au social. De même, l’action sociale n’est pas structurellement du développement, de même le développement n’est pas forcément du social. A regarder les choses de plus près, créer des cantines scolaires ne nous paraît guère relever dusocial, mais plutôt du développement nonobstant les apparences. Les cantines procèdent, en effet, d’une politique d’accès et de maintien des élèves à l’école.Elles visent à corriger les faibles taux de scolarisation. La finalité de cette politique, c’est donc la formation efficiente des enfants, c’est la préparation de la relève pour assurer le développement. Cela n’est alors pas du social d’autant que les cantines ne fonctionnent pas tout au long de l’année civile et qu’elles n’intéressent que les enfants du niveau primaire, leur effet est donc limité ne serait-ce qu’à ce double titre et il ne permet pas de les classer dans le social à proprement parler. On ne fait pas une politique sociale par intermittence. Il demeure, néanmoins, que l’action du gouvernement dans ce cadre des cantines scolaires mérite d’être saluée. Une enveloppe de 27,2 milliards de nos francs par an, intégralement financés par le budget national sur une période de quatre ans ! Et il est heureux que la gestion en ait été confiée à une organisation aussi expérimentée que le Programme alimentaire mondial.
Nouvelle Conscience et diaspora ; le Conseil économique et social interpelé
Tout bien considéré, la constitution de la diaspora en France ne peut faire l’objet de grande fierté. Nonobstant les motivations personnelles qu’il convient de respecter, car elles peuvent être nobles, l’on peut se demander pourquoi tant de nos concitoyens se retrouvent là-bas. Provenant d’un pays chaud mais grelotant, emmitouflés et engoncés dans des vêtements qui ne sont pas les leurs pour parer le froid, privés d’espace pour s’exprimer librement, rasant les murs et tirant le diable par la queue des fois, ils sont là-bas pourtant.Et pour cause, ils y trouvent la sécurité de vie. Quand ils sont malades, ils ne pleurent les dépenses ni pour se faire diagnostiquer le mal qui les perturbe ni pour se rendre chez le pharmacien. Ils sont là-bas parce qu’ils bénéficient d’une couverture sanitaire et sociale conséquente. Ils y demeurent parce qu’ils sont assurés que dans leurs vieux jours, ils bénéficieront d’une pension de retraite et, le cas échéant, d’un minimum vieillesse qui leur permettront de vivre dignement. Est-ce fierté d’admettre que c’est essentiellement en raison du fait que nos autorités dirigeantes n’ont jamais, depuis plus d’un demi-siècle d’exercice du pouvoir d’Etat, réussi à offrir ces avantages aux citoyens de l’intérieur ? Les autorités dirigeantes, mais aussi et sauf déficit d’information de notre part, le Conseil économique et social qui a pour rôle de faire au Chef de l’Etat des propositions à caractère économique et social pour améliorer le quotidien du citoyen.
L’on pourrait répliquer, à juste titre il est vrai, que si nos concitoyens de la diaspora bénéficient de tous ces avantages, c’est parce qu’ils travaillent et qu’ils paient à la sécurité sociale, des primes prélevées à la source, qui plus est, renforcées par la part patronale. Mais, c’est précisément en raison du fait que tout le monde ne peut trouver du travail chez nous, que nous proposons, à cor et à cri, une couverture sanitaire et sociale, populaire et universelle fondée non pas sur le travail de tout un chacun et les salaires, mais sur le principe de la solidarité nationale par le biais de la levée d’une taxe-cotisation d’un montant minime passant inaperçu, sur un ou deux produits de grande consommation ; une taxe-justice qui mettra tout le monde, toutes classes sociales confondues, au même niveau de protection sanitaire et sociale. Que nous ayons une activité professionnelle ou non, nous tous consommons dès notre naissance. Faudrait-il encore ressasser, une fois de plus, que le système que nous proposons est à l’abri de tout déficit éventuel ; à l’abri de toute faillite ; le capital social se renouvelant et se renforçant sans discontinuer. Au demeurant, il n’implique en rien l’Etat financièrement parlant.Il ne relève pas du budget national et ne requiert aucune subvention.Alors, pourquoi l’Etat se cramponne-t-il à un système vieillot et injuste fondé sur le travail et les primes individuelles, qui amontré ses limites. Pourquoi l’Etat ne veut-ildonc pas permettre à la société de prendre sa destinée en mains dans un large mouvement de solidarité nationale salutaire pour tous, d’autant que les autorités qui se sont succédé jusqu’alors n’ont pas été à même d’innover en la matière et de protéger l’ensemble des citoyens. Est-ce tout simplement parce que ce système n’intéresse guère les plus fortunés d’entre nous qui eux, n’en ont que faire et n’ont cure de cette protection populaire ? Qu’est-ce alors ? Au demeurant, gageons qu’avec ce système de protection, bon nombre de compatriotes de la diaspora retrouveront le chemin du retour avec, dans leurs bagages, les expériences qu’ils auront acquises outre-mer.Pourquoi donc le Conseil économique et social ne pourrait-il pas s’y intéresser et en saisir le Chef de l’Etat, comme il est de ses devoirs ?
Nouvelle conscience et exode des cerveaux
Il est un fait que les plus nantisde la nation vident systématiquement le pays des forces vives que sont les enfants et les jeunes censés assurer la relève. Au demeurant, l’on se félicite béatement de les envoyer à Paris, pour y faire leurs études en sachant pertinemment qu’ils ne reviendront jamais ou même en les encourageant à ne plus revenir. Et c’est ainsi que nous détruisons nous-mêmes,notre pays méthodiquement et par anticipation. Le temps jadis, les enfants revenaient tout fiers, imbus de l’idée qu’ils se devaient de participer au décollage de leur pays sans même se soucier de ce que sera leur condition de vie dans la mère patrie. Il me souvient clairement que le jour de mon départ pour la France où il m’envoya poursuivre mes études, mon père alors Ministre de la République et grand adepte de la transmission du savoir, me réveilla à l’aube et parmi ses derniers conseils me dit d’un ton grave et les larmes aux yeux : « tu connais l’histoire de la jarre trouée de Guezo. Figure toi que si tous les enfants qui partent en France revenaient au pays ; qu’ils mettaient tout leur savoir dans la jarre et qu’ils en bouchaient les trous avec leurs doigts, le développement de notre pays sera assuré ; je t’envoie là-bas pour que tu reviennes » Cette histoire n’a eu de cesse de résonner dans ma tête tout au long de mon séjour à l’étranger jusqu’à ce que jene m’en départissequ’une fois que je pris fonction au Ministère des Affaires Etrangères de mon pays.
Aujourd’hui, la donne a changé, les enfants ne reviennent plus ; notamment en raison des avantages sociaux dont ils bénéficient là-bas et dont nous avons fait état ci-dessus. Ils s’en vont grossir les rangs de la diaspora et tout le monde s’en contrefiche s’étant fait,malencontreusement,à la situation C’est ainsi que nous programmons, en amont, l’exode des cerveaux, la saignée de nos potentialités et de nos ressources intellectuelles. Que diantre ! Comment pouvons-nous affecter de faire du développement sérieux dans ces conditions et avec ce handicap-là ? Il est temps, qu’en la matière, nous nous remettions en cause, à commencer par les autorités politiques elles-mêmes qui sont bien loin de nous donner le bon exemple, et qui devraient, par contre,chercher à installer chez nous, dans toute la mesure du possible, ce qui retient les concitoyens à l’extérieur.
En ces moments d’un Nouveau départ par une nouvelle conscience où il nous revient de revisiter nos comportements ; en ces jours où les jeunes tirent la sonnette d’alarme et sonnent, tous azimuts, le tocsin du sursaut patriotique, notamment sur les réseaux sociaux, il nous revient de prêter l’oreille à ce qu’ils nous disent et, entre autres, d’inventer des mesures idoines susceptibles de les inciter à revenir au pays non pas en s’attendant à intégrer la fonction publique, mais pour y réaliser leurs projets. Le Nouveau départ, c’est aussi cela et il n’y a pas de Nouveau départ sans une nouvelle conscience ; l’attelage me paraît incontournable.
Ambassadeur Candide Ahouansou

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