Au détour d’un entretien accordé à la presse nationale le jeudi 11 avril 2019, le chef de l’Etat, Patrice Talon, est enfin sorti de son silence par rapport à la situation qui prévaut à la veille des législatives d’avril 2019. Il a donné son avis sur les réels motifs de l’échec du consensus entre les différentes parties protagonistes.

Longtemps attendu, le chef de l’Etat, Patrice Talon s’est prononcé sur la crise électorale qui secoue le pays à la faveur d’une émission télévisée. Selon le premier citoyen du Bénin, l’issue de la crise passe par une modification des textes si cela s’avère indispensable. Cependant, dans un processus électoral, il n’est pas possible que des modifications soient apportées au dispositif sans un certain consensus. Pour ce faire, il a instruit toutes les parties prenantes à trouver les solutions consensuelles. « J’ai prié le président de l’Assemblée et les députés d’aller à cette négociation et de proposer une solution. Un comité a été mis en place et cela a abouti à quelque chose de consensuel qui, sans remettre en cause le principe même de la réforme, devrait permettre à ceux qui ont été recalés d’être rachetés», a-t-il déclaré. Mais, le consensus qui se profilait au début n’a pas prospéré. Au dire du président de la République, cet échec n’est pas lié aux documents et pièces à fournir, mais il est relatif à la Charte des partis politiques et au Code électoral. Selon le numéro 1 Béninois, l’opposition est à la base de la situation qui prévaut actuellement. Car, a-t-il déclaré, la classe politique était sur le point de trouver une issue favorable quand la minorité parlementaire a remis en cause ce consensus et a exigé que la nouvelle loi portant Code électoral et celle portant Charte des partis soient purement et simplement mises de côté. « Je pense que ça a été une erreur fondamentale et la situation actuelle dans laquelle nous sommes, ils en sont quelque peu responsables », a indiqué le chef de l’Etat.

 

L’ordonnance, une arme de destruction

 

« Ceux qui évoquent l’article 68 de la Constitution, cet article ne parle pas des prérogatives du président de la République à utiliser la voie de l’ordonnance pour agir. L’article 68 permet au président de la République de prendre des mesures exceptionnelles quand il y a blocage des institutions, remise en cause de l’indépendance du pays, quand le territoire est en danger, bref dans des conditions extrêmement limitées ». C’est en ces termes que le chef de l’Etat a réfuté l’idée de la prise d’une ordonnance pour rétablir la situation. Selon le président de la République, la  Constitution ne lui permet pas de légiférer dans tous les domaines. On prend des ordonnances dans un champ bien déterminé. On ne prend pas une ordonnance pour fixer un nouvel ordre politique. « Le jour où on fait cela, c’est qu’on a mis à terre tous les fondements de la démocratie», a fait savoir le Locataire de La Marina. A l’en croire, au titre des mesures exceptionnelles, il peut y avoir une ordonnance ou une déclaration après consultation du président de l’Assemblée nationale. Mais la Constitution a encadré cela. L’article 69 précise que les mesures exceptionnelles doivent être prises dans le sens de la préservation des prérogatives des institutions de la République de sorte à permettre leur bon fonctionnement rapide. Or, dans ce cas de figure, le Parlement n’est pas bloqué. Il n’y a donc pas question de prendre une ordonnance, car le faire serait un coup d’Etat, contraire à la Constitution.

Mohamed Yasser Amoussa (Coll)/Actubenin

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