A la faveur de l’élection présidentielle de Mars 2016, les deux plus fortunés opérateurs économiques du Bénin ont pris l’initiative de quitter le rôle d’arrière plan qu’ils jouaient en finançant les acteurs politiques, pour se mettre eux-mêmes dans la course pour le fauteuil présidentiel. A l’arrivée, Sébastien Germain Ajavon s’en sort avec la troisième place et fait le choix de soutenir Patrice Talon, arrivé deuxième face au candidat du pouvoir Lionel Zinsou. Une décision aux lourdes conséquences pour ce dernier.

Devenu faiseur du roi, position qu’il a à prime abord voulu contester parce que suppose t-il, plusieurs de ses voix ont été « injustement » invalidées par la cour constitutionnelle, le président du patronat, Sébastien Ajavon avait le choix entre soutenir le candidat du pouvoir Lionel Zinsou ou porter son dévolu sur son adversaire dans les affaires, le redoutable Patrice Talon.

Le dilemme de Sébastien Ajavon

Le premier est le franco-béninois parachuté premier ministre et désigné candidat de l’ex-président Boni Yayi, celui là-même qui lui a causé des soucis économiques par des relèvements fiscaux injustifiés. Le second quant à lui est un homme d’affaires souvent qualifié d’impitoyable par ses détracteurs. Il est aussi celui qui aurait voulu attenter à la vie du président de la République à travers des supposés dossiers d’empoisonnement et de coup d’Etat et qui menaçait de faire revenir le Pvi, un programme de vérification des importations décrié par plusieurs opérateurs économiques dont Sébastien Ajavon.

Entre le démon connu et l’ange inconnu, le choix est vite opéré. Le président de la vague bleu a scellé une alliance avec l’opérateur économique Patrice Talon pour le second tour des élections présidentielles de Mars 2016. Un choix qui semble être celui de la raison car, il fallait aller du côté du peuple déterminé à finir avec le régime du président Thomas Boni Yayi qui s’est embourbé dans une série de scandales. Il avait aussi à démentir la rumeur qui fait état de ce que sa candidature serait suscitée par le président Yayi Boni au cas où son candidat (perçu comme un colon envoyé par la France pour assujettir davantage le pays) qui ne faisait pas l’unanimité au sein de la famille politique au pouvoir n’en sortirait pas vainqueur. Donc le candidat Patrice Talon devient du coup, le choix de la raison même devant l’adage qui dit: « Je préfère mieux un ennemi que je connais bien qu’un ami que je ne connais pas« . Et les deux se sont mis ensemble sur la base d’engagements politiques que l’opinion ne connaîtra que par supputation.

Une alliance de circonstance de courte durée: choc des tempéraments ou cassure logique?

Comme deux partenaires amoureux qui se découvrent sous leur véritable visage après le mariage et après s’être promis durant les fiançailles un amour éternel et une fidélité sans failles, le président Patrice Talon et son allié politique Sébastien Ajavon ont tôt fait de révéler leur incompatibilité d’humeur. Pour des observateurs de la vie politique et les proches du pouvoir de la rupture, l’épouse à peine sortie de la nuit de noce, devient très pressée et très exigeante sur les « roses » promesses qui lui ont été faites pour obtenir son « OUI ».

Habitué à dire tout cru son ressenti avec parfois une sorte d’impulsivité, le président du patronat a tôt fait d’agacer son partenaire qui n’est pas une personne de nature à se soumettre au bon vouloir des gens.

« Têtu » comme il l’a dit lui-même lors d’un entretien quand il expliquait qu’il s’est résolu a quitté le Bénin dans la malle arrière d’un véhicule sur insistance de son épouse, Patrice Talon ne pouvait que voir une menace à travers son ancien allié politique de circonstance. Face à ce cas d’incompatibilité d’humeur, le froid est entré dans la relation entre les deux partenaires politiques dont l’un se disait certainement qu’il s’est laissé floué et l’autre fatigué de devoir supporter les réclamations intempestives.

Ils en étaient là quand l’affaire de 18 kg de cocaïne pure a surgi le vendredi 28 Octobre 2016. Une affaire qui a eu le mérite de mettre un terme entre une relation qui battait déjà de l’aile. Devait-on retenir que l’impatience de l’homme de Djeffa face au nom respect des engagements du chef de l’Etat a précipité la fin de la relation? Aucune affirmation tranchée n’est plausible pour l’heure.

Première sortie médiatique de Ajavon: menace ou déclaration de guerre?

Après l’affaire des 18 kg de cocaïne pure qui s’est soldée devant le tribunal de première instance de première classe de Cotonou par une relaxe au bénéfice du doute, le président de la vague bleu a semblé n’avoir pas tiré toutes les conséquences de son entrée en politique. C’est du moins ce que l’on est tenté d’affirmer au regard des propos tenus lors d’une sortie médiatique qu’il a effectuée le dimanche 16 Avril 2017. Une sortie médiatique diffusée à travers une mise en boîte sur certaines radios et télévisions numériques et qui a battu tous les records d’audience.

Pour certains analystes politiques, les propos tenus par le président de la vague bleue au cours de cette sortie médiatique démontre la naïveté politique de l’homme et son immaturité face à la subtilité qui caractérise les acteurs dans le domaine. Lors de cette sortie politique à à peine un an de gestion de pouvoir par Patrice Talon, Sébastien Ajavon, celui qui est surnommé le roi du volaille surgelé affirme qu’il est désormais un acteur politique mais de l’opposition. Ce qui est totalement de son droit. Mais face à un pouvoir dont il a perdu très tôt l’amitié, le président Sébastien Ajavon devrait se rappeler de ses déboires avec l’ancien régime même s’il estime qu’il n’est pas en affaire avec l’Etat.

Toujours tourner sept fois la langue avant de parler

«Je suis désormais un homme politique. Je me suis mis à l’écart parce qu’ils ont voulu me mettre à l’écart aussi. Je m’y plais bien», affirme t-il comme pour dire qu’il a rompu avec la rupture. Une première erreur politique, estime certains analystes qui pensent que l’écart de voix entre le président Patrice Talon et Sébastien Ajavon au premier tour est si anodin qu’il devient ainsi du coup avec sa nouvelle posture politique, une menace pour le pouvoir en place quand on sait que le pays venait de sortir d’un jeu de télécommande pour rendre la gouvernance difficile à celui qui est au pouvoir. En bon opposant déclaré, il a affirmé sans ambages que la réalisation de l’Equipe en place est  nulle et qu’il ferait mieux à leur place. Rien de plus naturel pour un opposant; mais qui peut aussi être des déclarations à conséquences.

« Moi Président, j’aurais construit des milliers de salles de classe en un an, j’aurais donné de l’eau potable, j’aurais baissé immédiatement les droits et taxes, sans perdre des recettes. Je dois avoir équipé le plateau technique de nos hôpitaux avec un IRM, j’aurais, pour l’énergie, fait en un an la même option que le Président Talon.

« Mais les coûts de location des groupes électrogènes auraient été moindres et le délestage réellement résorbé ; j’aurais également lancé activement la 4G sur le plan de l’Internet avec tous les emplois que cela pourrait générer. Voilà autant de choses qu’on peut faire raisonnablement en un an« , poursuit le président Ajavon dans son entretien médiatique. Des propos ordinaires pour un opposant mais qui peuvent résonner mal dans la tête du président de la République qui est vu à tort ou à raison comme très sensible aux critiques.

Un « vrai » manque de stratégie politique ?

La politique par définition étant un jeu de stratégie, il faut savoir évaluer son adversaire pour savoir quelle stratégie adoptée. Un Candide Azannaï connu pour sa fougue en politique a opté pour le silence ou pour des propos à minima, car il sait que celui qu’il a en face n’est pas une personne qui ne supporte pas l’échec et est capable de tout face à tous les challenges. Pour tenir devant cette personnalité, il faut composer avec la surprise et ne pas dire là où on va. Une maîtrise de soi qui n’est en soi, pas le propre de l’homme de Djeffa.

En 2021, je mettrai la barre très haut. Je le dis pour la raison simple que si je ne sens pas que je dois venir pour rendre service, pour être utile et plébiscité par la population, peut –être que je n’y serai pas. Nous avons maintenant le temps de structurer les choses et de savoir ce qui se passe à chaque base. Précédemment, nous avons mis 6 mois, nous avons fait des erreurs que nous allons corriger.

Dans l’entretien, l’homme d’affaire fait savoir qu’il n’est pas contre la révision de la constitution du 11 décembre 1990 mais tient en revanche au mandat du chef de l’Etat renouvelable une fois. Alors, il trouve justes, les députés qui ont voté contre le projet de loi portant révision de la constitution. « …Les 22+1 qui ont voté contre le projet de révision de la constitution , ont compris que c’était un marché de dupe » insinue t-il.

Pour le politologue André Akouesson, Sébastien Ajavon dès ce moment n’est plus un opposant mais plutôt un ennemi d’Etat. Déjà dans une situation critique avec le retrait de plusieurs de ces agréments, Sébastien Ajavon au lieu de faire profil bas s’est plus que jamais attiré la foudre de Patrice Talon qui devrait désormais avoir un seul objectif: détruire toute velléité de l’opposition pour pouvoir mieux aviser en 2021.

Komi Koutché, une erreur supplémentaire?

Etant désormais de l’opposition, pourrait-il porter son soutien à l’ancien chef d’Etat Thomas Boni Yayi ou à Komi Koutché? Face à cette question, le désormais acteur politique d’opposition face au pouvoir Talon, n’a pas cacher la possibilité d’un rapprochement entre le président Thomas Boni Yayi ou son dauphin qui a désormais dépassé l’âge de la minorité pour être Candidat à l’élection présidentielle. « Komi Koutché est un jeune brillant. Je dois vous dire que le seul qui a pu me convaincre pour que je ne puisse pas réclamer des dommages et intérêts au régime du président Boni Yayi, c’est lui. Et pour une alliance, on n’a pas encore commencé les discussions mais de toute façon, je serai preneur« , martèle t-il .

Une erreur supplémentaire? En tout cas, pour rien au monde, le régime actuel ne souhaiterait le retour au pouvoir d’un ancien cacique des FCBE. Même si l’actuel locataire de la Marina jure sur un mandat unique, il a son plan qui lui permettra d’assurer ses arrières. Et nul n’ignore que la rivalité qu’il y a actuellement entre le président Talon et son ancien ami Thomas Boni Yayi n’est pas loin d’un duel mortel.

Ainsi, pour bon nombre de concitoyens, le président d’honneur du parti Usl a manqué de stratégie et c’est certainement l’une des causes des déboires qu’il traverse. En annonçant son rapprochement du président Boni Yayi, il a fait abstraction de l’adage qui dit que « l’ami de mon ennemi est mon ennemi ». Une analyse qui peut bien être à l’antipode de ce qui divise les deux hommes quand on sait que la politique est parfois un labyrinthe qui échappe à tout raisonnement logique.

Beninwebtv

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