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Deux mille ans après son exil forcé de Rome, le célèbre poète Ovide a été réhabilité, une revanche sur l’un des plus puissants empereurs romains qui goûta peu son ton ironique.
Le Conseil municipal de Rome vient d’approuver à l’unanimité une résolution visant à « réparer le sérieux préjudice » subi par Ovide -auteur de « l’Art d’aimer » ou encore des « Métamorphoses »- qui fut exilé par l’empereur Auguste en l’an 8, à l’âge de 51 ans.

Le motif de son exil à Tomis, aujourd’hui en Roumanie sur les bords de la Mer Noire, reste l’un des grands mystères de l’histoire de la littérature car si Ovide en parla dans ses écrits, aucun de ses contemporains ne s’y hasarda.
Le poète latin évoque de manière elliptique « carmen et error » (« un poème et une erreur »). Le poème en question serait « L’art d’aimer », un texte ironique qui explique aux hommes l’art de la séduction.
L’empereur Auguste, qui venait d’édicter des lois contre l’adultère, aurait peu apprécié cette entorse à la morale.
« Même si le poème ne préconise pas ouvertement l’adultère, il flirte avec l’idée », explique à l’AFP Rebecca Armstrong, professeur associé en lettres classiques à l’Université d’Oxford. « Il adopte clairement un ton irrévérencieux envers les attitudes morales traditionnelles et envers l’empereur et sa famille ».
« Ovide recommande par exemple plusieurs monuments romains construits par Auguste et sa famille comme d’excellents endroits pour séduire des filles », note-t-elle.
Il semble peu probable que le poème, publié des années après l’exil de son auteur, ait alimenté tout seul le courroux d’Auguste. Les experts estiment que la mystérieuse « erreur » a été la dernière goutte d’eau à faire déborder le vase d’un empereur déjà passablement irrité.
– Scandale au Sénat –
« Selon une hypothèse récurrente, cela aurait un rapport avec le scandale entourant la petite-fille d’Auguste, Julia, exilée en l’an 8 pour un adultère avec un sénateur romain », rappelle Rebecca Armstrong.
Ovide détesta pour sa part la « frontière sauvage » de Tomis et n’eut de cesse de plaider, en vain, pour revenir à Rome.
Il n’arrangea pas son cas en présentant des excuses partielles pour « L’art d’aimer » dans un poème écrit en exil, où il laisse clairement entendre que l’empereur Auguste était un lecteur de poésie peu sophistiqué et une personne dénuée d’humour. « Une stratégie surprenante pour quelqu’un espérant être rappelé! », commente Mme Armstrong.
La décision de révoquer l’exil d’Ovide intervient à l’occasion du 2000ème anniversaire de la mort du poète en l’an 17.
Mme Armstrong pense qu’Ovide « aurait été content » de la résolution du conseil municipal, adoptée la semaine dernière, qui rend enfin justice à son manuel sur la séduction. Il apprécierait sans doute aussi de « savoir que les gens s’intéressent encore à lui et lisent toujours ses poèmes ».
Pour autant, face au manque cruel de documents probants, certains spécialistes doutent de l’exil réel du poète, estimant que ses derniers écrits pourraient être considérés comme une sorte de littérature expérimentale.
Ovide n’est pas le seul personnage célèbre de la péninsule à avoir reçu des excuses. En 2008, la ville de Florence a demandé pardon pour les persécutions à l’encontre du poète Dante, qui s’exila après avoir été condamné à mort pour ses idées politiques.
AFP

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